Les suppliciées du Rhône | Coline Gatel

Hello les lecteurs !

Je vous retrouve aujourd’hui avec un style que je n’ai plus l’habitude de lire : le roman noir. Avec l’approche des Quais du Polar, je me plonge dans l’ambiance et découvre (grâce aux Éditions Préludes : merciii) le premier roman de Coline Gatel , paru le 6 février 2019.

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Résumé éditeur

Lyon, 1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle.
Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ?
Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au cœur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges. Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà de ses limites.

Mon avis

Nous voici plongés au cœur de la cité Lyonnaise, en l’an 1897. L’atmosphère est particulièrement bien retransmise par l’auteure, nous permettant de nous immerger dès les premières pages dans cet univers [quelques peu glauque 🙂 ]. J’ai vraiment beaucoup aimé suivre les protagonistes dans les rues de la cité des gones, je connais bien les quartiers car j’y vis depuis 12 ans. Le récit est ponctué d’anecdotes historiques, d’expressions lyonnaises, et j’ai découvert avec curiosité les anciens noms de plusieurs grandes rues de la ville (par exemple la Rue de la République, nommée ainsi en 1878 et anciennement intitulée « rue Impériale »). Bref, j’ai adoré suivre cette histoire dans la capitale des Gaules !

Arrivé au numéro 16 de la rue Thomassin, quartier des bordels, il bifurqua en vue des deux colonnes qui portaient l’avancée d’une maison, sous l’étroit petit passage de l’Argue. Le sol y était pavé de larges dalles glissantes et il y faisait noir comme dans un tunnel. Un véritable coupe-gorge enclin à la luxure et à la crapulerie.

Une faculté de médecine avait vu le jour, rive gauche du Rhône, et il était question que la vieille morgue, verrue amarrée au quai avec des grosses chaines, disparaisse enfin. Maintenant qu’une nouvelle église – bien que contestée – surveillait la ville d’en haut, il aurait été de bon ton que les façades s’illuminent aussi d’un peu de clarté ! Son maire, Antoine Gailleton, y tenait tout particulièrement.

Dans ce livre, nous découvrons les prémices de nouvelles méthodes scientifiques, ayant pour but d’aider la police dans les enquêtes criminelles : c’est la naissance de la criminologie. Élément intéressant dans ce roman : des personnages fictifs se mélangent avec personnages ayant réellement existés ! Ainsi, le professeur Alexandre Lacassagne, père fondateur de l’anthropologie criminelle à Lyon, est bien présent aux côtés de nos trois compères Félicien, Bernard et Irina. Le lecteur perçoit ici les difficultés rencontrées à l’époque par ces médecins qui tentent de faire évoluer les procédés d’autopsies, et qui se heurtent à une institution policière des plus traditionalistes.

– Et si nous bouclons cette affaire avant la police, il se passera quoi ? avait questionné Félicien, soucieux de ne pas se retrouver dans le champ visuel des officiels.
– Je ferai un rapport afin de démontrer haut et fort l’utilité incontestable de la véritable science dans la résolution des enquêtes criminelles. Rapport que je présenterai au ministre s’il le faut !

Un roman très bavard où les dialogues sont nombreux, ce qui ne m’a pas dérangé, j’ai même trouvé que cela donnait une dimension plus vivante à l’écrit. L’écriture justement est belle, assez fluide, même si le vocabulaire utilisé est plutôt soutenu (ce qui va de paire avec la période retranscrite, et le langage employé alors). J’avoue par contre m’être parfois un peu perdue entre les différents personnages masculins, ne sachant plus qui est qui (manque t-il peut être un peu de contenu dans la description de ceux-ci en début de roman, où quelques éléments supplémentaires afin de les distinguer parfaitement). J’ai toutefois beaucoup apprécié le personnage d’Irina, que je trouve plus développé et affirmé que les autres. Elle véhicule un message fort de féminisme, de part sa manière de s’exprimer mais également de se vêtir (elle porte le pantalon au quotidien). Cette voix féministe est très présente tout au long du récit, que ce soit pour nous montrer les conditions des femmes de ce temps ou bien leurs droits très minimes par rapport à ceux des hommes. Il n’y avait, par exemple, pas de femmes médecins en 1897 : cette fonction (comme beaucoup d’autres) étant réservées aux hommes. Les femmes pouvaient cependant accéder au titre de sage-femmes, infirmières et se former aux gestes de secourisme au sein d’une nouvelle organisation appelée « Croix-Rouge ».

La fin du roman est surprenante. J’ai aimé suivre les indices divulgués tout au long du récit, chaque élément à son importance et tous s’imbriquent avec le dénouement final. La dernière centaine de pages m’a complètement happée !

>> Un roman très bien écrit, que je vous conseille de lire si vous aimez les romans noirs, la cité lyonnaise, l’histoire de la criminologie ou les trois réunis ! 🙂 De mon côté, j’ai été transportée par ce livre, et j’ai hâte de rencontrer l’auteure à Quais du Polar dans quelques semaines !

7 thoughts on “Les suppliciées du Rhône | Coline Gatel

  1. Voilà un roman qui me tente beaucoup… 😉 Je le vois beaucoup sur les réseaux sociaux en ce moment et notamment sur Instagram et, à chaque fois, je me dis : il faut absolument que je le lise. Bon, pour le moment, j’ai une PAL pleine à craquer (comme beaucoup d’entre nous, en fait) et je crois que je vais attendre un peu avant d’y rajouter des livres mais celui-ci est bien présent à en haut de ma liste des livres prioritaires. Je ne connais pas Lyon mais je trouve que c’est intéressant de sortir des cadres habituels : on voit beaucoup Paris dans les romans, c’est sympa mais c’est bien aussi de partir dans d’autres villes. Je suis aussi très attirée par le contexte et par le fait que l’auteure aborde les prémices de la police scientifique et médicale…

    Si j’avais eu besoin d’autre chose pour me convaincre, je crois que ta chronique aurait fini d’emporter mes suffrages ! ! Elle donne un bon aperçu du roman de Coline Gatel et donne effectivement très, très envie. 😉 Merci pour cet avis, Jo !

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